Denguin, Pyrénées Atlantiques. Béarn.

Peut être ma prochaine destination pour les vacances de cet été. Les initiés reconnaîtront sans doute le village natal du sociologue dont vous ne pouvez pas ignorer l'existence si vous avez lu d'autres articles de ce site…très "bourdieuphile" en fin de compte !

Certains feront le pèlerinage de Compostelle, et bien moi je ferais un pèlerinage moderne, d'un nouveau genre, le pèlerinage sociologique. Bon, ne nous emballons pas, je crains que ce ne soit pas un concept à fort potentiel, ça ne risque d'intéresser que quelques personnes, voire même une seule, moi -même ! Mais bon, va savoir si ce n'est pas le futur concept touristique de l'avenir, pour des gens, qui abrutis par les "Fermes" ambiantes, souhaitent en réaction se cultiver un peu, histoire de ne pas sombrer dans la TF1-ite aiguë sévère*, dont les ravages, pas encore estimés, pourraient dévaster le niveau intellectuel de nos contemporains (moi y compris, je regarde aussi ces émissions… pour voir et rester au courant, comme tout le monde, hein ?)

Bref, me revoilà repartie dans mes digressions traditionnelles. En fait, à analyser, on pourrait dire que j'écris à la surréaliste, par association d'idées, j'entends (je ne prétends pas être le Dali du clavier, quoique c'est un bon challenge…)

Ainsi, du Béarn je vais à Bourdieu, puis à la déliquescence télévisuelle. Pour arriver donc au cœur du sujet, c'est-à-dire à ce à quoi j'ai pensé écrire quand j'ai pris mon ordinateur.

En ces temps de vogue (médiatique, of course) du mouvement anti-pub, je me suis bien sûr interrogée, puisque je suis quand même en licence de "Publicité, Marketing, communication", donc un petit peu concernée, il me semble. Pourtant, sans doute comme une résurgence de l'influence de l'esprit soixante-huitard de mon papa , j'ai spontanément de la sympathie pour les mouvements contestataires, qui dénoncent notre société, ses travers, ses abus, sa façon d'être. Les altermondialistes, les squatteurs d'arbres en instance d'être abattus, alors pourquoi pas ces bombeurs d'affiches ? Et bien , tout compte fait, non. Les autres non plus d'ailleurs.

Car il y a derrière tout cela ces émanations d'utopie dangereuses et dérives totalitaires. Interdire la pub dans la rue, n'est-ce pas aussi arbitraire et violent que l'imposer aux gens ?

Alors que faire ? Peut être simplement demander aux personnes concernées, c'est-à-dire nous tous, vous et moi, qui prenez le métro, qui regardez la télé en patientant devant le tunnel de pub de 20h30 pour enfin voir la météo, sponsorisée par Darty. A vous qui chaque matin triez consciencieusement votre boite à lettres, pour dénicher la lettre du paquet de prospectus et ne pas jeter par erreur le chèque tant attendu. Nous ? A croire les sondages (je sais, ce n'est pas vraiment une bonne piste, cf. livre Patrick Champagne), mais surtout à croire les conversations multiples que j'ai pu avoir directement avec vous, la pub, on est pas contre du tout. Sauf dans les situations mentionnées ci-dessus. D'ailleurs, la pub, c'est notre culture. Du Banania des grands parents au Chico des ados, en passant par le lapin Duracell, Giovanni Panzani, la famille Ricoré, la vache Milka, où le "Parce que je le vaux bien". Les détracteurs me diront que c'est justement là la preuve que la pub nous bourre le crâne au point de devenir une référence et de monopoliser notre cerveau. Euh, mais là je me soulève, je m'écrie : "Non, mais vous nous prenez pour des crétins du premier degré, ou quoi ? Vous croyez que le consommateur qui voit la pub, l'intègre à sa conversation voire à sa mémoire, il est dupe, sous "seringue hypodermique", prêt à acheter mécaniquement ? Incapable de discernement ? Incapable d'apprécier une pub comme une simple création artistique et de prendre du recul ?" Et là, je me rassoie, j'ai dit ce que j'ai à dire. Mais la société, je suis d'accord, cette société là dans laquelle je vis, je la trouve détestable moi aussi. Mais je ne crois pas du tout que la pub en soit la cause ni le remède. La pub, c'est le bouc émissaire facile, pour des rebelles lâches qu n'osent pas aller à l'essentiel des dysfonctionnements sociaux : la politique, et surtout l'orientation politique donnée par des citoyens trop égoïstes.

Bien si je défends ici la pub, et la communication en général, je n'en reste pas moins très critique. Deux années de socio, ça reste dans les tripes. "La misère du monde", ça reste une magistrale leçon d'humanité, que je ne suis pas prête d'oublier. D'où mon dégoût parfois quand on aborde le marketing. La société de consommation, du coté des stratèges qui décident ce qu'elle sera demain, est un vaste jeu lucratif où l'être humain n'a pas de valeur. Enfin, si , une valeur marchande uniquement. D'où mon idée qu'il faudrait imposer aux élèves des grandes écoles de commerces, futur business (wo)men en puissance, de vrais cours de sociologie ou de philosophie, histoire d'acquérir une ouverture d'esprit que seules une profonde réflexion sur la société et ses hommes peuvent permettre. Rétablir les "humanités" en quelque sorte. Et pourquoi pas une leçon de publisophie, ou de socio-marketing ?

Exemple concret : chef de pub chez Ouinone, je dois lancer un nouveau yaourt. Moi, ce que je compte faire, c'est vendre un yaourt, certes, mais le vendre pour donner au consommateur du plaisir, répondre à son attente, lui vendre ce qu'il a besoin. Et pas ce qu'il veut entendre, sachant pertinemment que ce n'est pas vrai (tout en restant dans les limites de la loi pour ne pas sombrer dans la pub mensongère : on connaît tous les filons, hein !).

Ainsi, moi le publi-humaniste que je serais, mon yaourt, je ne vais pas prétendre qu'il va vous faire maigrir, en forçant sur un nom suggestif (Fessefine), car je sais que ce n'est tout simplement PAS VRAI. Alors, éduqué à l'humanisme et au respect du consommateur, que je suis aussi accessoirement, je vais communiquer sur d'autres éléments, d'autres qualités du yaourt, des vraies qualités naturellement. Et, si le dit-yaourt n'en a pas, ce yaourt est bel et bien une m…., que je ne vendrais pas. Un point c'est tout. Parce que faire de la publicité en se fondant sur la tendance (de la minceur en l'occurrence), c'est tout simplement cynique : tous les stratèges en amont, ils savent bien que ce yaourt ne peut pas faire maigrir, mais bon, comme c'est une tendance particulièrement sensible, qui fait vendre tout et n'importe quoi sous sa caution, et surtout qui légitime un prix supérieur… Adieu états d'âme, respect, conscience personnelles. Bienvenue dans l'univers schizophrène de la communication.

Moi, j'aime la pub, le marketing, la communication. Je ne me résoudrais jamais à devenir ce à quoi je suis destinée (et formatée). J'ai fait un rêve : un jour, les hommes seront libérés du joug de l'hypocrisie et du rendement, un jour les publicitaires seront des artistes honnêtes, les marketeurs et communicants seront des philosophes aux valeurs humanistes, les consommateurs seront respectés. Un jour, au programme d'HEC ou de l'ESSEC, il y aura un cours fondamental obligatoire d'humanités et de sociologie. Un jour, les dirigeants de ce monde auront lu et surtout, compris, la "Misère du monde". Ce jour là, j'aurai résolu le paradoxe qui m'habite, la contradiction entre préoccupation humaine et sociale et marketing.

(Mais je ne souhaite pas me faire abattre pour cela…il y a des causes plus graves)

* : aussi connu sous le sigle STAS (syndrome télévisuel aigu sévère), et qui, cette fois, ne viens pas de Chine mais bien de l'Occident, empire du Bien ! !