Cultives ta nature et la nature te cultivera...

- Depuis Rousseau et son mythe du "bon sauvage" aux thèses évolutionnistes de Darwin, deux antonymes agitent les chercheurs en Sciences humaines : nature ou culture ?

Pour ceux qui n'ont pas eu le loisir d'être initiés à ces débats endémiques -que je reconnais plutôt ésotériques en apparence- point de panique ! !

Ce ne sont en fait que de vastes concepts obscurcis par des termes pédants de caste qui se révèlent finalement assez accessibles. En outre, les enjeux sous-jacents à cette problématique sont des plus interessants pour peu que vous soyiez curieux et encore plein des interrogations qui agitent l'enfant découvrant le monde... ce qui est vraisemblablement mon cas.

Il s'agit de déterminer si l'homme est le produit de la Nature, de l'inné, avec des "programmes" inscrits en lui à sa naissance, ou bien, s'il est le résultat de la culture comme les sciences sociales le postulent. En d'autres termes, l'homme est-il modelé au fur et à mesure de ses contacts avec sa société et sa culture spécifiques, intériorisées au plus profond de lui-même et s'intégrant à sa personnalité et guidant ses comportements et même ses émotions ? Ou bien, à l'inverse, l'homme est-il constitué d'instincts universels qui lui préexistent et sont indépendants de la culture spécifique à chacun ?

Si, pendant longtemps on a refusé d'évoquer une nature humaine renvoyant aux thèses évolutionnistes et déterministes dont les dérives au XX ème siècle ont marquées les esprits, un nouveau courant semble se développer, remettant en cause le primat de la culture -que nos facultés continuent d'enseigner avec ferveur- notamment dans les pays anglo-saxons : il s'agit de la PE (Psychologie Evolutionniste), fondée par Leda Cosmides (psychologue) et John Tooby (anthropologue).

J'ai découvert cette discipline dans la revue "Sciences Humaines" (juin 2OO3), et bien que "moulée" dans la sociologie et la psychologie sociale qui font la part belle à la socialisation de l'individu (c'est à dire aux mécanismes de formation de l'individu selon sa culture, son groupe social, son environnement ...), j'ai été assez séduite par ces nouvelles thèses, illustrée par des exemples convainquant.

Il s'agirait ainsi de concevoir l'homme comme constitué de "modules" cérébraux innés commun à toute l'espèce humaine, tel que l'aptitude au langage. On note ici l'exemple d'enfants du Nicaragua élevés de manière isolée et coupés du langage environnant qui, se trouvant assemblés dans un centre, ont inventé un langage complexe entre eux.

Le plus croustillant vient de l'analyse originale faite de l'amour et de la sexualité, fondée sur la théorie de la sélection sexuelle. Pour assurer sa reproduction, il y aurait deux stratégies différentes, les mâles ayant la possibilité d'obtenir une progéniture nombreuse issue de plusieurs partenaires, tandis que les femelles, limitées dans le nombre de leurs descendances (allaitement, grossesse) cherchent un mâle capable d'assurer efficacement la reproduction.

A partir de là, les chercheurs en concluent que les hommes sont naturellement plus volages que les femmes et qu'ils attachent plus d'importance à la beauté et au physique "selon des critères esthétiques universels indiquant une bonne reproductrice "(taille et forme des hanches, visage, seins et fesses) ! La femme préfère, quant à elle, un homme dominant, puissant et protecteur, plus agé qu'elle et semble moins focalisée sur les aspects physiques ! ! !

Bref, voilà de quoi satisfaire les clichés machistes sur la femme fidèle, peu active sexuellement et réduite au rôle de mère porteuse. Bien sûr des chercheurs y ont opposés d'autres éléments, comme la relative infidélité des femmelles chez les oiseaux.

D'où la nécessité de modérer la thèse de la PE. Il convient de ne pas tomber dans un déterminisme strict et de concevoir l'homme comme un être qui peut avoir des instincts prédéterminés à lui mais qui sont toujours façonnés par l'évolution, bref, un produit issu à la fois de la nature et de la culture.

La conclusion de l'article vous déçoit peut-être. Moi aussi, j'ai été un peu frustrée de constater un fois de plus que les vastes débats en sciences sociales aboutissent toujours à des compromis qu'intuitivement on avait soi-même élaborés en réfléchissant tout seul à la question. Il y manquait suelement des exemples validés scientifiquement et ces quelques formules si intello qu'on y adhère sans chercher à les comprendre...

Alors oui, l'homme c'est un peu d'inné et un peu d'acquis. Tout ça pour ça... A croire qu'on trouve effectivement la vérité en soi !

(Voir article p. 16 "La nature humaine redécouverte" par JF DORTIER dans Sciences Humaines n°139, juin 2003)