Sur le grill ce mois ci un livre autobiographique d'un individu prénommé Pierre V. (tiens, tiens...)

J'allume la braise et voyons donc les fumigènes qui en jaillissent...


- "La Melpo, ou petites histoires d'un architecte ", de Pierre V., Editions Anonymes, 2003.

Quand un cartésien pur et dur se met à écrire un livre, ça donne l'histoire d'une vie évoquée sans fioriture, bourrée d'anecdotes souvent cocasses ou surprenantes. Plutôt qu'un livre dans le sens classique du terme, on a affaire à un carnet de bord d'un homme qui a dignement traversé un siècle assez perturbé.

En lisant ces pages destinées à Irmine et à sa famille passée, présente, et à venir ( !), j'ai retrouvé effectivement quelques moments de la vie de mon grand patriarche racontés ça et là pendant nos déjeuners de famille et autres moments partagés ensemble.

Mais je me suis aperçue que je ne connaissais en réalité pas grand chose de sa vie. Curieusement, j'ai été le moins surprise par la première partie consacrée aux origines, enfance et adolescence, dont j'ai souvent entendu parler. A noter toutefois mes sourires en imaginant le jeune Pierre hissé au plafond des WC en appui sur les cloisons appelant sa grand mère qui ne pensait pas à lever les yeux et se demandant d'où venait cette voix !

J'ai surtout découvert les conditions de vie spartiates du début du siècle, sans eau chaude, WC, douche et le tout plein de gros rats.... Comme le progrès a été rapide ! Pons et Cognac me sont en plus désormais familiers comme j'ai pu m'y rendre pendant les vacances estivales et les descriptions s'inscrivaient parfaitement aux images que j'ai en mémoire de ces villages bien provinciaux...

L'imposant travail généalogique sur la famille m'a un peu déroutée et je me suis vite embrouillée dans les tantes, oncles, beaux-frères ect... moi qui n'ai qu'une proche famille restreinte ! D'où l'interêt que cela soit inscrit sur papier, afin que je (ou d'autres personnes ?) puisse m'y retrouver !

Puis le fil du texte et du temps nous conduisent sur les traces moroses de la Guerre d'Algérie. Et là encore ce travail de retranscription est vraiment utile pour nos générations, dont les programmes d'Histoire ont toujours savamment occulté cette guerre trop fraîche et trop sujette à polémiques... En outre, les descriptions de la vie militaire et des paysages algériens m'ont transformée pour un soir en commandant V., fondant sous la chaleur intenable et impatient d'en finir et de rentrer au bercail...

J'imagine aussi la solitude de Manée (Mimi) et du petit Roland, seuls à attendre le retour du père, toujours en danger dans une guerre lointaine.

Je terminerais sur l'Architecte. Le travail intense fourni par mon Grand-Père dont j'admire encore plus la pugnacité et la patience... tous ces calques, ces dessins, ces rendus..Les temps ont bien changé en ce qui concernent les exigences en Ecole d'Archi (hein, Caroline !).

Mais j'ai également retenu les immondes bizutages qui régnaient dans les ateliers où les "nouvôts" étaient à la merci et au service des "anciens". Comment tolérer aujourd'hui ces pratiques et brimades avec notamment la "broche" (pendus par les pieds, nus pour recevoir la fessée !) ou les tonsures ! ! ! Sans doute était-ce une autre époque, d'autres moeurs et que cette ambiance était le revers d'une solidarité et d'une amitié indéfectibles... mais quoi qu'il en soit je préfère de loin l'individualisme d'aujourd'hui malgré ses défauts !

Pourtant, Grand-Père ne s'en plaint pas et semble même s'épanouir pleinement dans cette atmosphère d'atelier assez conviviale, avec toutes ses parties de grosses rigolades insouciantes, de fanfares, de danses, de ripailles ect... Après tout, on est jeune qu'une suele fois et tous n'ont vraisemblablement pas souffert des rites plutôt humiliants.

Et voici le Grand Pierre qui gravit à la force du poignet les échelons de la Gloire, enchainant les projets (et réalisations !) d'architecture. Je suis admirative... et fière. Tous ces bâtiments encore là pour témoigner du talent des Venencie (enfin surtout d'un) ! ! !

Enfin, entre les lignes plutôt dénuées de pathos, je me suis quand même attardée avec émotion sur les pages évoquant le frétillant Oscar et le bon gros Swann. Et puis le petit Roméo, pas dans les normes mais tellement adorable ! Et la petite Caroline qui a cru que son grand père était mort...

En fait, ici, la vie est simple. Un homme, une femme rencontrée à Royan, pas trop moche ( !). Un curé sympathique et un mariage. Un enfant.

Simple non ? Voilà donc une belle vie, remplie, pleine d'activités, de découvertes (Espagne, Pôle Nord, Chine, La Réunion... le rêve quoi), d'amitiés fortes, de rigolades, de bonnes bouffes et de réussites professionnelles.

Et le meilleur, c'est que ce n'est pas fini, et promis, je ferais tout pour que la dynastie Venencie soit à la hauteur ! ! !

VERDICT : Mon GPS, c'est le meilleur !